Armement et expérience du temps de guerre

L'expérience

Sir Eugène Fiset reprend du service…

Sir Eugène Fiset

Légende: Sir Eugène Fiset

Marie-joseph-Eugène Fiset est né à Rimouski le 15 mars 1874. Dès l'âge de 16 ans, pendant qu il poursuit ses études au Séminaire de Rimouski, il joint les rangs du 89e Régiment, dont son père est le chirurgien. En 1894, après avoir complété son cours classique, il s'inscrit à la Faculté de médecine de l'Université Laval. L'année suivante, il accède au grade de lieutenant et, en 1897, l’École royale d'infanterie lui accorde son brevet d'aptitudes, Ire classe. Devenu docteur en médecine en 1898, il remplace son père comme chirurgien du 89e Régiment en mai 1899. Mais quelques mois plus tard, il s'enrôle dans le 2nd Battalion, Royal Canadian Regiment, et s'embarque pour l’Afrique du Sud avec le grade de major.

À la mi-janvier 1900, Fiset écrit à son père qu'il est déjà tout à fait habitué à soigner les malades sur le champ de bataille sans trop se soucier des balles qui sifflent autour de lui. « Je n'ai pas encore une seule égratignure et je commence à croire qu'il n’y a aucun danger », poursuit-il. Il ne s'agit cependant pas de témérité de sa part, car il ajoute : « Je travaille dur et ferme pour faire mon devoir. »

Le 18 février, Fiset s'illustre tout particulièrement lors de la bataille de Paardeberg, lorsque le capitaine H.M. Arnold s'écroule, atteint d'une balle à la tête. Trois brancardiers, qui tentent successivement d'aller le chercher, sont blessés à leur tour. Fiset va alors auprès d’Arnold, le panse surplace, puis le ramène derrière la ligne de feu. Au cours des affrontements subséquents, Fiset s'expose souvent de la sorte, ce qui lui vaut l'admiration de ses compagnons d'armes, dont le futur ministre de la Milice et de la Défense, Sam Hughes, qui considèrent en quelque sorte le « little French doctor » comme un héros. Pour ses actes de bravoure, Fiset est cité trois fois dans les dépêches au ministre et il se voit décerner la Médaille de la reine Victoria avec quatre palmes ainsi que celle du Distinguished Service Order, en plus d'obtenir le grade de lieutenant-colonel.

Son engagement terminé, à la fin de 1900, Fiset fait un an d'internat au Nose and Throat Hospital, à Londres, et à l'hôpital Saint Antoine, à Paris. Rentré au Canada, il pratique sa profession pendant huit mois à Rimouski avant d'être nommé, le 1er novembre 1902, au poste d'adjudant du Service de santé de l'armée. Quelques mois plus tard, le 1er juillet 1903, il est promu colonel et nommé directeur général du même service. Puis, le 22 décembre 1906, il accède au poste de sous-ministre de la Milice et de la Défense.

Au début de la Première Guerre mondiale, Fiset est promu au grade de major général. Pendant le conflit, en plus de vaquer à ses tâches habituelles, Fiset s'occupe des intérêts militaires de divers pays alliés du Canada. En guise de reconnaissance, l’Angleterre le nomme d'abord compagnon, puis chevalier de l'Ordre de Saint-Michel et de Saint-Georges, et la France, chevalier de la Légion d'honneur. Fiset devient aussi commandeur de la Couronne de Belgique et officier de première classe de l'Ordre de Saint-Sava (Yougoslavie), alors que la Tchécoslovaquie lui décerne la Croix militaire.

Fiset prend sa retraite en 1923, après avoir servi pendant 17 ans sous sept ministres successifs ; à ce moment-là, il est d'ailleurs le seul Canadien français à occuper un poste de sous-ministre à Ottawa. Dès l'année suivante, Fiset entreprend une carrière politique qui sera presque aussi longue que sa carrière administrative. En effet, de 1924 à 1939, il siège aux Communes comme député libéral du comté de Rimouski.

Le 30 décembre 1939, Fiset devient lieutenant gouverneur du Québec et il adopte pour devise : « J'ai servi. » En janvier 1941, puis en février 1942, il déroge au protocole en ouvrant la session parlementaire vêtu de son uniforme kaki de major général, plutôt que du costume d'apparat de lieutenant-gouverneur, afin de souligner son appui à un plus grand effort de guerre de la part du Canada. À titre de lieutenant gouverneur, selon l'usage, il se voit conférer plusieurs honneurs : il reçoit un doctorat honoris causa de l'Université Laval en 1940, un du Bishop's College en 1941 et un autre de l'Université de Montréal en 1943. De plus, il est fait chevalier de l'Ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem en 1941 et fellow du Collège royal des médecins chirurgiens du Canada en 1943.

Sir Eugène Fiset quitte son poste le 1er octobre 1950 et il décède quelques mois plus tard, le 8 juin 1951 à Rivière-du-Loup. Le 20 mai 1902, il avait épousé Zoé-Mary-Stella Taschereau et ils avaient eu quatre filles.