De la guerre froide à aujourd'hui

Conclusion

Un nouveau point de vue et une nouvelle vision

Ce qui nous conduit à d'autres constatations. Il y a eu les Régimes français et anglais qui ont permis aux Canadiens de faire assumer l'effort de leur défense largement par d'autres. Lorsque cette période fut terminée, le Canada se porta au secours de ses deux mères patries. Mais pour la période étudiée dans ce tome-ci, la mentalité des Canadiens les portait à demeurer dans une attitude de sujétion plus ou moins prononcée vis-à-vis de la Grande-Bretagne, même durant la Deuxième Guerre mondiale. En février 1946, un comité conjoint américano-canadien de collaboration militaire est créé. Chacun des deux pays y délègue des représentants militaires des trois éléments ainsi que des fonctionnaires des Affaires étrangères. Le 12 février 1947, le premier ministre du Canada et le secrétaire d'État américain font une déclaration simultanée sur la collaboration des deux pays en matière de défense en temps de paix. On y prévoit l'échange de militaires et, en certaines occasions, d'observateurs (manœuvres, élaboration ou essai d'armes nouvelles de combat, normalisation des armes, du matériel et de l'organisation) ; la mise à leur disposition mutuelle d'installations militaires navales et aériennes ; un minimum de formalités dans les mouvements d'aéronefs et de navires au-dessus du territoire et dans les eaux territoriales de chaque pays. D'une certaine façon, dans le processus des normes unifiées qui datait d'avant 1914, avec les Britanniques, les Américains venaient de prendre le relais.

Malgré cette tendance lourde de dépendance, une autre a fait son chemin durant toute la période étudiée dans ce tome, comme dans celles couvertes par les deux précédents, il s'agit de la canadianisation. Cela se remarque dans la mentalité et les actions de notre monde militaire, en somme, dans les grandes et les petites choses. Mais on semble incapable de faire les derniers pas, les plus coûteux. Ainsi, le système des honneurs militaires canadiens mis en place à partir des années 70 a maintenu la Croix de Victoria à son sommet. Cette décoration suprême de l'Empire britannique n'a pas été accordée à un Canadien depuis la Deuxième Guerre mondiale. La question se pose : pourquoi pas une « Croix de Vimy » pour reconnaître un acte de bravoure hors du commun accompli par un combattant ?