De la guerre froide à aujourd'hui

L'unification

Les problèmes de gestion et les solutions

Pour certains, la modification des fonctions, des responsabilités et de la chaîne de commandement la plus sérieuse depuis 1947, malgré l'intégration et l'unification, est la réorganisation qui, en 1972, tente de marier de façon productive les influences militaires et civiles au sein du ministère de la Défense.

Les responsabilités de la division du sous-ministre, qui représente le pouvoir civil en ce qui concerne les fonctions reliées à l'économie et à l'efficacité, n'ont pas été définies dans le cadre de l'unification. Malgré tous les bouleversements survenus au sein de la structure militaire entre 1964 et 1968, le ministère de la Défense nationale est encore aux prises avec des problèmes de gestion. Le programme de remplacement des navires progresse très lentement et subit de fréquentes augmentations de coûts. Le processus de planification, le partage des responsabilités et le contrôle au chapitre des programmes d'immobilisation sont l'objet d'inquiétudes. C'est ainsi qu'un groupe d'étude de la gestion est chargé, en 1971, d'examiner en particulier le programme d'acquisition de navires et, plus généralement, les rapports entre les organisations civile et militaire et celle du conseil de recherches pour la défense. Son rapport, déposé en 1972, recommande la création d'un nouveau quartier général de la Défense nationale (QGDN), où fusionneraient les services du sous-ministre et ceux du chef de l'état-major de la défense. Cette réorganisation, ainsi que la mise en place d'un système de gestion du programme, se concrétise cette même année.

D'autres remaniements suivront sans que, dans un premier temps, l'unification soit remise en question. Ainsi naît le commandement aérien en 1975, alors que l'on abandonne certaines mesures considérées comme démoralisantes (par exemple, le port de certains insignes distinctifs sur l'uniforme, l'utilisation des titres et grades traditionnels dans la marine, etc.), ce qui permet, au dire de certains, d'atténuer le caractère absolu de l'unification. De fait, le costume unificateur commence à se défaire aux coutures.

En 1979, l'élection du gouvernement Clark (qui ne passera que six mois au pouvoir) est l'occasion pour un nouveau ministre de mandater un groupe de travail pour « étudier les avantages et les inconvénients de l'unification des forces canadiennes et [...] donner en même temps une opinion sur le système de commandement unifié 90 ». Après de multiples audiences et une recherche fort détaillée, le groupe conclut qu'entre les années 1964 et 1980, il est très difficile d'évaluer le rôle direct joué par l'unification relativement aux économies de défense, étant donné les compressions des ressources, tant en personnel qu'en équipement, qui ont été imposées au ministère durant cette même période. Les Forces armées demeurent en général sous-équipées, et les sommes d'argent que l'unification aurait dû rendre possibles ont été absorbées par l'inflation, la montée frénétique des coûts de l'équipement militaire, les crises du pétrole (1973, 1979) ainsi que par la parité salariale entre militaires et fonctionnaires civils, instaurée en 1972. Le rapport se montre évasif sur l'atteinte de tous les objectifs recherchés par l'unification parce qu'il n'existe pas de plan de départ avec lequel on aurait pu comparer les buts de 1964 avec les réalisations de 1979. De plus, rien ne permet au groupe d'étude de conclure que l'unification a permis ou non d'accélérer la prise des décisions ou d'abréger le délai de réaction. Sans porter de jugement absolu, le groupe fait 30 recommandations concernant certains problèmes particuliers.