De la guerre froide à aujourd'hui

L'unification

La mise en œuvre de l'unification

Le transport Canadair CC-106 Yukon, Commandement du transport aérien, Aviation royale canadienne, 1967

Légende: Le transport Canadair CC-106 Yukon, Commandement du transport aérien, Aviation royale canadienne, 1967

En mai 1967, le parlement adopte la Loi C-243 qui complète le processus de réorganisation du grand quartier général et des commandements. Les trois armées sont dissoutes et tous les échelons militaires doivent se conformer à la nouvelle terminologie du commandement unique. Un système est organisé pour l'évaluation du personnel, la sélection et les promotions. Des comités se mettent à la recherche d'un uniforme commun et à sélectionner les traditions qu'adopte la force unifiée. Les dénominations armée, marine et aviation sont abandonnées pour celles d'éléments terre, mer et air. Un seul chef, une seule armée devient le mot d'ordre.

Pour la plupart des militaires et des civils, l'unification a été entrevue comme possible, mais dans un avenir lointain se situant quelque part dans les années 70, aussi bien dire jamais. Mais le ministre insiste : pour lui, 1968 représente les quelques années plus tard dont il a parlé en 1964 lorsqu'il a décidé l'unification. Il est le champion du changement contre les forces d'inertie et réussit à faire adopter par le parlement la loi C-243. Pour la faire appliquer, il donne quatre feuilles d'érable au seul général qui lui semble fiable pour une telle tâche. Le général Jean V. Allard, seul lieutenant général canadien-français jusque-là, raconte dans ses mémoires comment il est devenu le nouveau chef de l'état-major de la défense qui allait, lors de l'application de la Loi C-243, le 1re février 1968, guider les destinées de la nouvelle force unifiée dans des eaux fort troublées et inexplorées.

En effet, puisqu'en 1964, ni le ministre, ni le président du comité des chefs d'état-major n'avait à son service le personnel indépendant capable d'évaluer les demandes de chacune des armées ou de planifier pour l'ensemble des forces armées, aucun plan précis ni échéancier n'avaient été préparés pour les étapes de l'unification : celle-ci se déroule donc de façon aléatoire. Cette façon de procéder jette le trouble dans l'opinion publique et parmi les parlementaires. La confusion est encore plus grande chez les militaires qui, soit au grand quartier général, soit dans les commandements, reçoivent peu d'instructions précises. Toute la période 1964-1972 est dominée par une seule constante permanente et omniprésente le changement. Bien que tous les soubresauts se soient effectués au niveau militaire, il faut remarquer que ceux-ci ont été provoqués et ordonnés par des civils, surtout par le ministre et son entourage.

L'unification des forces canadiennes n'a pas été copiée ailleurs. Mais cela constitue moins un jugement sur la valeur du produit que sur les circonstances et particularités du Canada que nous avons déjà amplement soulignées immense territoire, faible population (d'où un nombre limité de militaires), faible tradition militaire qui, de plus, repose sur le volontariat, présence de menaces indirectes seulement, voisin allié et surpuissant.

Bien que l'on ait réussi à réduire, mais de très peu, le personnel du grand quartier général à Ottawa (et le calcul est difficile à faire compte tenu des changements de responsabilités des quartiers généraux et de la création de nouveaux), les économies espérées de l'unification ne se sont jamais matérialisées. Encore une fois, l'unification ne semble guère coupable du mince résultat. À partir de 1968, l'inflation devient galopante, rognant une bonne partie des économies qui auraient pu être réalisées.