De la guerre froide à aujourd'hui

L'unification

L'intégration des trois services par Hellyer

Le nouveau ministre de la Défense décide donc de préparer un livre blanc (le dernier datant de 1959), qui est présenté au Parlement le 26 mars 1964. On y indique que le Canada est, à toute fin pratique, peu sujet à une attaque directe et que la politique canadienne de défense conserve son orientation vers la sécurité collective par l'entremise d'un système d'alliances et par une participation aux opérations de maintien de la paix. Le livre blanc conclut donc que des troupes mobiles, bien équipées et sous un seul commandement unifié, serviraient mieux les intérêts du Canada.

Considérant comme essentiel un système de contrôle opérationnel et efficace, un besoin de simplifier les procédures administratives et la nécessité de réduire les coûts généraux d'administration, le livre blanc spécifie qu'il n'existe qu'une seule solution satisfaisante : l'intégration des Forces armées du Canada sous un seul chef de l'état-major de la défense et un seul état-major de la défense. Cette décision constituera la première étape vers la création d'une force unifiée de défense pour le Canada 89.

Peu après la présentation du livre blanc, le ministre soumet à la Chambre le projet de loi C-90 qui, voté le 7 juillet, prend force de loi le let août 1964. Dès juin 1965, un nouveau chef de l'état-major dirige toutes les forces militaires canadiennes, aidé d'un grand quartier général intégré et réorganisé selon six commandements dits fonctionnels remplaçant les 11 précédents. « Fonctionnel » désigne un commandement non géographique, « hors éléments » et « hors arme traditionnelle ». La « base militaire » devient le point d'appui administratif à l'échelon local, fournissant aux unités « hébergées », c'est-à-dire souvent à des unités qui relèvent d'un autre commandement que celui auquel est liée la base, tous les services requis. En plus, des responsabilités régionales sont attribuées aux principaux commandements fonctionnels en particulier en ce qui a trait au personnel civil, aux cadets et au maintien de l'ordre.

Cette phase d'intégration (1964-1967) provoque assez peu de controverse. Elle est avant tout perçue comme une réorganisation administrative qui n'affecte pas directement les unités. Les armées, bien qu'ayant perdu leurs chefs et leur accès privilégié direct au ministre, survivent légalement au changement. C'est une intégration par le haut, sans doute plus complète et plus efficace que celle tentée à des niveaux inférieurs entre 1947 et 1964.

La réorganisation de l'état-major militaire a très peu d'influence sur la division du sous-ministre. Même si ses responsabilités demeurent les mêmes, son rôle se modifie légèrement, car, dorénavant, il est l'une des deux seules personnes, avec le chef de l'état-major, à conseiller le ministre.

Le livre blanc sur la défense de 1964 et la Loi C-90 contiennent le germe de l'unification. À la suite de l'abolition des postes de chef d'état-major de chacune des trois armées, de la création d'un poste de chef de l'état-major et de la réorganisation, sous un seul état-major de la planification, de la gérance du personnel, de l'administration, de l'instruction, du soutien logistique, du contrôle et du commandement, l'existence des trois armées, comme entités séparées, devient périmée.