D'une guerre mondiale à une autre (1919-1943)

L'armée de terre jusqu'en 1942

Le désastre à Dieppe - 1942

Mais la descente aux enfers du Canada n'est pas terminée. En effet, le 19 août 1942, c'est le désastre de Dieppe. Dans ce raid d'envergure, mal planifié, qui n'aurait jamais dû avoir lieu, peu importe les raisons avec lesquelles on l'a justifié après coup, les Canadiens subissent en moins de cinq heures d'une bataille impossible, 68 pour cent de pertes, incluant 907 morts.

Il faut dire qu'au moment de Dieppe, plusieurs de nos volontaires, de nos politiciens et de nos médias se plaignent du fait que nos troupes d'outre-mer soient demeurées en Angleterre, pendant qu'Anglais, Australiens, Néo-Zélandais, Américains et une panoplie d'autres alliés étaient engagés partout dans le monde. Bien que la marine japonaise ait déjà subi quelques revers d'importance, la situation n'est pas particulièrement rose pour les pays engagés contre l'Axe. Pour leur part, Américains et Soviétiques poussent pour l'ouverture d'un deuxième front sur le continent européen, où seuls les Soviétiques se battent. Plusieurs raisons, dont le manque d'équipement et d'hommes, militent contre ce projet. Mais les raids, parfois lourds, sont à la mode. On en prévoit un, contre Dieppe, pour juin 1942, avec l'équivalent d'environ deux brigades de la 2e Division canadienne. Pour diverses raisons, ce projet est abandonné et les unités concernées retournent, déçues, dans leurs casernes.

Environ deux mois plus tard, le même raid est soudainement réactivé : il aura lieu le 19 août 1942. Le plan est très complexe et sa réalisation dépend d'un minutage précis de toutes les phases. Malheureusement, le renseignement sur l'ennemi est inadéquat ; on n'a pas tenu compte des inévitables problèmes qui peuvent survenir ; l'appui-feu aux troupes engagées au sol est très déficient aussi bien de la part de la marine que de l'aviation. Quant à la surprise, elle n'a aucun succès à peu près partout sur les différentes plages de débarquement. Par hasard, une unité allemande de défense côtière est en exercice cette nuit-là et peut sonner l'alarme très tôt.

Bien que toute la planification soit britannique, les exécutants canadiens, en partie emportés par leur enthousiasme d'un premier combat, n'en font pas une critique sérieuse. Seule une grossière incompétence allemande aurait pu changer le cours des choses. Il y a 4 963 Canadiens engagés dans le raid qui commence mal, car les débarquements prévus se font rarement à l'endroit et au moment voulus. Des 2 210 qui reviendront en Grande-Bretagne, seulement 336 sont indemnes. Toutes les unités (six régiments d'infanterie, un de blindé, puis des centaines d'hommes du génie, du Corps de santé, de l'artillerie et d'un régiment de mitrailleuses moyennes) subissent des pertes. Dominés à peu près partout face à des falaises imprenables et en l'absence d'une artillerie massive et d'une force aérienne bien utilisée, les hommes glissent vers la mort (907, plus de 18 pour cent des effectifs), les blessures (2 460 ou à peu près 50 pour cent) ou les geôles (1 874, ou 37 pour cent, incluant 568 blessés). En tout et pour tout, les Alliés (Canadiens, Britanniques et quelques Américains) ont subi 4 350 pertes (3 610 dans l'armée, 550 dans la marine et 190 dans l'aviation). Quant aux Allemands, ils s'en tirent avec 591 pertes (316 dans l'armée, 113 dans la marine et 162 dans l'aviation).

Le calvaire des prisonniers canadiens du raid n'est pas terminé. Parmi les papiers récupérés à leurs ennemis, les Allemands découvrent que les Canadiens prévoyaient enchaîner leurs éventuels prisonniers, en vue d'en faciliter le contrôle durant l'opération, ce qui contrevient aux lois de la guerre. Aussitôt, ils mettent aux chaînes nos propres prisonniers : pour certains, cette humiliation durera 18 mois. Au Canada, on agira de la même façon durant quelques mois avec des prisonniers de guerre allemands. En décembre 1942, on abandonnera cette méthode qui, encore une fois, nous rapproche beaucoup trop de l'hydre que nous cherchons à abattre.