D'une guerre mondiale à une autre (1919-1943)

L'armée de terre jusqu'en 1942

La menace dans le Pacifique

Fantassin canadien, Hong-Kong, décembre 1941

Légende: Fantassin canadien, Hong-Kong, décembre 1941

En septembre 1940, l'Allemagne, l'Italie et le Japon signent un pacte. Durant plus d'un an, le Japon reste coi. Puis, le 7 décembre 1941, il attaque les États-Unis à Pearl Harbor. Dans les heures et jours qui suivent, une série d'objectifs sont visés dans le Pacifique, dont la colonie britannique de Hong Kong, où viennent à peine d'arriver deux bataillons canadiens et un quartier général de brigade, en tout 1 973 hommes et deux infirmières, commandés par le brigadier J.K. Lawson.

Depuis le début des années 1920, le plan de défense no 2 du Canada prévoit ce qu'il faudrait faire en cas d'attaque par le Japon. En 1930, cela se transforme en dispositions à prendre pour protéger le territoire canadien en cas de guerre entre les États-Unis et le Japon. À la suite de l'attaque contre Pearl Harbor, le Canada entre en guerre contre le Japon dès le 7 décembre, 24 heures avant les États-Unis et le Royaume-Uni. Comme on le sait déjà, la côte du Pacifique est mal préparée. En 1939, le Canada y a huit avions, tous désuets, sans armes, parfois sans radio et au rayon d'action problématique. En 1941, cet état des choses n'a guère changé. Par ailleurs, les unités antiaériennes et l'artillerie côtière sont insuffisantes : dans ce dernier cas, l'élévation possible des canons limite la portée du tir. Environ 10 000 hommes de l'Armée de terre sont dispersés le long de la côte. Certains voudront sans doute trouver une consolation dans le fait que la côte nord-ouest des États-Unis est à ce stade plus mal défendue que la canadienne. En 1942, des radars commencent à y être installés.

Toujours est-il que l'intérêt du Canada pour le Pacifique, mais surtout sa subordination aux intérêts britanniques, l'a amené à promettre, à l'automne 1941, deux bataillons pour renforcer la garnison de Hong Kong. Le départ de cette force se fait de Vancouver, le 27 octobre 1941, sur l'Awatea et le Prince Robert. À la fin de novembre, les troupes arrivent à Hong Kong. Peu entraînés, ces volontaires ont à peine le temps de prendre leurs positions que le Japon passe à l'attaque. La situation est perdue d'avance. Le brigadier Lawson est tué le 19 décembre en défendant son quartier général : ce vétéran de la Première Guerre mondiale a le triste honneur d'être le premier officier canadien de ce grade à mourir au combat au cours de la Deuxième Guerre mondiale. Le 25 décembre, tout est fini. Au total, 557 hommes mourront, dont près de la moitié dans les camps japonais. Le sergent John Osborne, du Winnipeg Grenadiers, recevra la Croix de Victoria à titre posthume, après la guerre, pour avoir sauvé la vie de camarades en se jetant sur une grenade.

Les choses ne s'arrêtent pas là. Les Japonais, en effet, s'approchent du continent par les Aléoutiennes. Les 6 et 7 juin 1942, les îles Attu et Kiska tombent entre leurs mains. Plus tard, un de leurs sous-marins tire contre la station de télégraphie et le phare de la pointe d'Estevan, en Colombie-Britannique, sans causer de dommages sérieux.

La réaction canadienne s'organise vite. L'armée de la côte du Pacifique prend de l'ampleur ainsi que son budget. L'aviation fait passer son nombre d'escadrons à 36, avec des appareils plus modernes. Jusqu'à un certain point, les politiciens cèdent ici aux exigences des habitants de la Colombie-Britannique, face à une menace d'invasion peu plausible étant donné les engagements militaires nippons dispersés dans leur vaste sphère d'influence et même au-delà de celle-ci.

La situation des Nippo-Canadiens est précaire depuis l'ouverture du conflit. Ils sont mal intégrés et mal acceptés par la population locale. L'armée a décidé de ne pas les utiliser ainsi que les Asiatiques d'origine chinoise. Après Pearl Harbor, des manifestations anti-japonaises deviennent possibles en Colombie-Britannique. Pour éviter toute provocation, des écoles et des journaux de langue japonaise sont fermés volontairement. Après la défaite à Hong Kong, la passion populaire se déchaîne. On demande l'internement de ces Japonais locaux qui pourraient former une cinquième colonne. Localement, journalistes et politiciens rivalisent de zèle pour démontrer le danger et les conséquences de l'immobilisme en la matière. Au bout de quelques semaines, le gouvernement fédéral cède et annonce, le 27 février, l'évacuation de toutes les personnes d'origine japonaise de la côte Ouest. Les 22 000 personnes concernées seront déracinés, et leurs biens vendus. Ce cas de discrimination flagrante et injustifiée - les études des militaires concluaient en l'absence de danger - ne rehausse pas le profil moral du Canada, officiellement en guerre pour écraser les injustices de ce type.