D'une guerre mondiale à une autre (1919-1943)

L'entre-deux-guerres militaire au Canada

Le Canada de nouveau en guerre

Le monde continue pourtant sa route inexorable vers la catastrophe. Le 25 août 1939, le pacte de non-agression germano-soviétique est signé. Aussitôt, le Canada prend des mesures de pré-mobilisation, incluant la protection de points stratégiques, avec deux divisions incomplètes de troupes auxiliaires. Le ler septembre, la Pologne est envahie par l'Allemagne. Le 3 septembre, la Grande-Bretagne et la France déclarent la guerre à l'Allemagne, suivies par le Canada, le 10 : mais, déjà, le 4 septembre, 303 Allemands qui séjournaient au Canada sont arrêtés. Le manque de préparation flagrant du pays ne l'empêchera pas, comme on le constatera, de participer de façon appréciable à l'écrasement des forces de l'Axe.

Le recensement national de juin 1941 compte 115 06 655 Canadiens, ce qui est environ quatre fois moins que la population britannique et douze fois moins que la population américaine. En 1939, après quelques années d'une très lente reprise économique consécutive à la grande dépression, le Canada a 530 000 chômeurs. Deux ans plus tard, ce nombre a baissé à 200 000, le PNB a augmenté de 47 pour cent, la production de fer et d'acier a doublé et le Canada a repris sa marche sur la route de l'industrialisation. En 1941, les fabrications militaires tiennent une grande place : blindés légers et cellules d'avions (sans les moteurs, dans les deux cas), munitions, corvettes et frégates. Le Canada qui a multiplié par six ses rentrées d'argent en moins de deux ans, peut couvrir 70 pour cent de ses dépenses de guerre à partir de ses revenus courants. Ce résultat tient en grande partie à l'augmentation des impôts personnels et des taxes des corporations, rendue possible par une entente avec les provinces qui devait se terminer un an après la fin de la guerre. Cette ponction fiscale fédérale a d'autres effets : elle réduit le pouvoir d'achat, contrôle en partie la concurrence ainsi que la flambée des prix, deux secteurs qui sont de plus réglementés par la Commission du commerce et des prix en temps de guerre. L'effort financier canadien sera également important et prendra diverses facettes : prêts sans intérêts et dons de sommes importantes à la Grande-Bretagne, ainsi que des déboursés de guerre qui, en 1945, totaliseront 21 786 077 519 $, hors les services médicaux et les pensions d'invalidité fournis aux anciens combattants.

Sur la scène internationale, le Canada joue un rôle, mais très modeste. Il est absent du Comité des chefs d'état-major et oublié lorsque la Déclaration des Nations unies est proclamée. Deux grandes réunions stratégiques, auxquelles participent Roosevelt et Churchill, ont bien eu lieu à Québec (août 1943 et septembre 1944), mais le Premier ministre du Canada évite de prendre part aux discussions. Cependant, des Canadiens en viendront à faire partie de grands comités alliés (ceux des munitions, du transport et des richesses naturelles).

Sans entrer dans les détails, soulignons que c'est durant les années 1939-1945 que la base du système social que nous connaissons aujourd'hui s'élargit avec l'arrivée de l'assurance-chômage et des allocations familiales. Les Canadiens n'ont généralement pas conscience que la société dans laquelle ils vivent actuellement a été considérablement façonnée par les années 1939-1945.