Un siège interminable

Du Canada à la Grande-Bretagne et à la France

En route vers le front

Le 6 février 1915, un premier groupe de Canadiens traverse la Manche. Quittant Bristol, ils débarquent en France, à Saint-Nazaire, pour se diriger vers les cantonnements d'Hazebrouck, au nord-est de la France. La 2e Division arrive au front en septembre 1915 et, avec la 1re Division, forme le Corps d'armée canadien. Peu après, celles-ci sont rejointes par la 3e Division dans laquelle se trouvent le PPCLI et le Royal Canadian Regiment, ce dernier revenant d'un séjour d'une année de garnison aux Bermudes. La 4e Division arrivera en 1916. Chacune de ces divisions est constituée de trois brigades de quatre bataillons. Jusqu'en 1917, le corps d'armée sera commandé par des Britanniques : les lieutenants généraux E.A.H. Alderson (de septembre 1915 à la fin mai 1916) et sir Julian Byng (jusqu'au 23 juin 1917). Puis, jusqu'à la fin de la guerre, le commandement sera placé entre les mains d'un Canadien, le lieutenant-général sir Arthur Currie.

Les 18 000 hommes de la 1re Division sont progressivement initiés au combat. Entre le 17 février et le 2 mars, chacune des trois brigades est détachée durant une semaine auprès d'une division britannique où elle est mise au fait de la routine entourant un siège, ce qu'est déjà devenue la Première Guerre mondiale sur son front ouest. Les procédures britanniques, adoptées par les Canadiens, vont faire qu'environ 2 000 hommes d'une même division pourront être sur le front en même temps. Un bataillon se retrouve en première ligne pendant quatre jours, puis il passe en appui direct pendant quatre autres. Viennent ensuite, à l'écart du front, quatre jours de repos, une période consacrée, en réalité, au travail et à l'entraînement. Au fur et à mesure qu'ils iront au combat, les Canadiens connaîtront la tension et l'ennui, l'action et la terreur.

Du 10 au 12 mars 1915, à Neuve-Chapelle, la 11e Division participe à son premier engagement. En position d'appui à une attaque anglo-française, l'artillerie canadienne joue le rôle qu'on attend d'elle, mais les fantassins, paralysés par un fusil Ross qui s'enraye trop souvent, sont incapables d'adopter un rythme de tir rapide. Leur sens inné de l'initiative parvient à combler cette lacune du système : en effet, plusieurs d'entre eux se saisissent des Lee-Enfield abandonnés sur le champ de bataille par les blessés et les morts anglais. Au mois d'août 1915, on modifie le Ross Mark III en adaptant à celui-ci la « chambre » du Lee-Enfield. Les 2e, 3e, 4e et 5e (cette dernière sera dissoute pour fournir des renforts aux quatre autres) Divisions recevront ce fusil modifié. Mais, en 1916, le Lee-Enfield remplacera le Ross, qui ne sera ensuite utilisé que par les tireurs d'élite qui sauront profiter de sa grande précision.