Une défense quasi autonome (1871-1898)

Le milicien et son instruction

L'instruction des volontaires

Durant l'année, et certainement dans les semaines ou mois précédant immédiatement les camps, les volontaires sont instruits au sein de leur compagnie ou, parfois, au niveau du bataillon. Leur apprentissage porte sur les exercices du manuel (drill) et ceux liés au feu. Ils apprennent à défiler, à se déployer de différentes façons, à changer de front, à faire des mouvements par échelon, à former des lignes d'attaque et à tirailler. Les écoles qui se multiplient, à compter de 1883, pour les officiers et sous-officiers instructeurs, font progresser la qualité de ce type d'instruction.

Les cours qui y sont offerts durent trois mois et sont sanctionnés par une série d'examens, durant lesquels une quarantaine de questions portent sur les manœuvres, 10 sur les armes et l'économie interne et 20 sur les articles de guerre, l'acte de la milice et le règlement entourant l'appel des troupes pour prêter main-forte au pouvoir civil. L'examen écrit est d'une durée de six heures et, lors du camp, il est complété par un oral d'une heure. Durant l'écrit, on ne peut quitter la salle d'examen, où sont bannis les livres, les conversations et les notes. Le correcteur donne trois points aux réponses parfaites, deux à celles qui ne sont que partiellement bonnes et zéro pour les mauvaises. Il faut obtenir les deux tiers de la note maximale pour réussir. Une disposition intéressante, dans le règlement balisant les cours, en dit un peu sur la valeur réelle que certains leur accordent.

« Un chef de corps ou un médecin militaire qui envoie à un cours un candidat qui ne sait pas lire ou qui est infirme doit payer le voyage de retour de celui-ci. » 6

Du côté de la Milice permanente, les aspirants ont aussi des cours à suivre. Un jeune homme pourra détenir une commission provisoire, mais il ne sera reçu officiellement qu'après avoir réussi une série d'examens. Pour un aspirant dans l'artillerie, les cours et les examens portent sur la balistique (théorie et pratique), les calculs dynamiques et statiques, la résistance des matériaux, l'équipement, l'artillerie de campagne (théorie et pratique), les pièces utilisées en garnison ou en campagne, le pointage, la pratique du tir, l'usage des palans, chèvres et grues. Un cours de trois mois est aussi donné au RMC, pour l'initier à l'arpentage, la construction de ponts en campagne, la démolition, les mines terrestres et sous-marines, la stratégie et la tactique élémentaires. Des éléments de droit militaire et d'administration font partie d'examens de promotion subséquents. Après cela, le jeune officier retourne dans une des batteries où on lui apprend à servir les pièces, à monter, etc. En somme, il doit successivement remplir les postes qu'occupent ses hommes afin de bien en connaître les fonctions ainsi que son canon de campagne, généralement une pièce de neuf livres, rayée, chargée par la gueule et utilisant des obus ordinaires, du shrapnel, des fusées percutantes et fusantes ou, encore, des obus à mitraille.

Quant à la vie du mess, elle est agréable, mais un peu difficile. L'hiver, un poêle à bois réchauffe la pièce, mais, à la Citadelle de Québec par exemple, il n'y a qu'une seule prise d'eau courante pour tous, placée au sous-sol. La lampe à pétrole fournit l'éclairage, au milieu des années 1880, et les cabinets d'aisance sont à l'extérieur 7. De plus, à moins d'être financièrement indépendant, l'officier marié et ayant charge d'enfants aura par moments des difficultés. Durant un stage de formation de six mois qu'il doit faire en Angleterre, en 1893, Oscar Pelletier confie sa famille à son père, car sa solde ne suffit pas à faire vivre les siens en son absence 8.