La vie quotidienne des soldats et des officiers

Les officiers

Les promotions et l'instruction militaire

Inspection du poste d'Acting Major, Montréal, 1866

Légende: Inspection du poste d'Acting Major, Montréal, 1866

Les officiers britanniques ont la possibilité d'accéder à un rang supérieur par l'ancienneté ou par l'achat du grade. En temps de guerre, on émet de nombreux brevets sans qu'il soit nécessaire de les acheter, et le taux élevé de mortalité dans ce groupe entraîne des promotions rapides parmi les survivants. Durant les longues périodes de paix, au contraire, il faut se rabattre sur la promotion par l'ancienneté, ou par l'achat, pour ceux qui peuvent se le permettre. Cette manière d'obtenir du galon est sévèrement critiquée au XIXe siècle, avant d'être définitivement abolie en 1871. Selon ce système, l'officier issu d'une famille qui en a les moyens peut acheter son grade. On relate même le cas d'un capitaine sans ressources pécuniaires, ayant cumulé 47 ans de service et participé à la bataille de Waterloo, se retrouvant sous les ordres d'un jeune et riche lieutenant-colonel qui n'était qu'un bambin de deux ans au moment de la célèbre bataille ! Vers 1840, le brevet de lieutenant-colonel coûte approximativement £ 7 000 - ce qui représente une petite fortune pour l'époque. La majorité des officiers ne peut évidemment débourser une telle somme, de sorte que la promotion par l'ancienneté est leur seule issue.

Au XVIIIe siècle, dans l'infanterie et la cavalerie, la formation académique est pratiquement inexistante. Le métier s'apprend au régiment, au contact d'officiers expérimentés, système qui produit, dans l'ensemble, un corps d'officiers étonnamment compétents 81. Cependant, le besoin de créer un collège militaire se fait de plus en plus sentir durant les guerres napoléoniennes et, en 1802, le Royal Military College ouvre ses portes à Great Marlow, pour déménager à Sandhurst dix ans plus tard. Édouard-Alphonse d'Irumberry de Salaberry semble avoir été le premier cadet canadien à y être admis, en 1807. Fait à noter, les officiers d'artillerie et du Génie ne peuvent acheter leurs brevets et doivent fréquenter la Royal Military Academy de Woolwich, fondée en 1741, pour acquérir une formation technique et scientifique approfondie. Il n'y a au Canada aucune académie décernant le brevet d'officier dans l'armée régulière entre 1760 et 1876.

Étant donné que le séjour de leur régiment au Canada est provisoire, les officiers britanniques, tout comme leurs soldats, ne forment guère de liens durables avec la population coloniale. Sauf exception, ils habitent les casernes aménagées à leur intention, leurs valets, les « batmen », sont des soldats, et, en règle générale, leur régiment est toute leur société. Il s'agit essentiellement d'un groupe de célibataires, car seulement le quart d'entre eux environ se marient, presque toujours avec des femmes britanniques de leur entourage. Les colonels des régiments ont d'ailleurs pour consigne de veiller discrètement à ce que les jeunes officiers ne se laissent pas entraîner dans des liaisons inconsidérées. Il leur est tacitement interdit d'épouser une femme des colonies. Sauf exception, ceux qui persistent dans cette voie sont sommés de quitter l'armée. Certes, ils fréquentent les familles de l'élite coloniale dans les bals, au théâtre et lors de dîners, mais ces contacts cordiaux doivent demeurer superficiels. À Québec, entre 1760 et 1836, on ne relève qu'une trentaine de mariages entre des officiers de régiments de ligne britanniques et des Canadiennes, presque toutes de souche britannique. Il n'est pas surprenant, dès lors, que plusieurs belles coloniales aient été déçues par ces galants jeunes hommes en uniforme; c'est même le sujet de duels poétiques publiés dans la presse de Québec 82.

Images additionnelles

Officier d’infanterie et « gentihomme auprès des dames », 1873
École d’équitation pour officiers vers 1840