Une décennie tumultueuse

Une milice britannophile

Élimination des influences françaises et imposition du modèle britannique

Officier du Corps of Royal Engineers vers 1865

Légende: Officier du Corps of Royal Engineers vers 1865

Pourtant, plusieurs Canadiens français manifestent un réel intérêt pour la vie militaire; ils demandent évidemment à être affectés à des unités fonctionnant en français et portant « un uniforme national ». Dès 1862, une tenue grise « d'étoffe du pays à parements rouges 139 » est proposée, sans aucun effet. La même année, le 4e bataillon essaie, dans la mesure du possible, de donner un air de « Chasseurs français 140 » à ses uniformes vert foncé confectionnés en Angleterre. Durant les années 1860 et 1870, des comités de citoyens proposent de lever des bataillons canadiens-français portant la tenue des Zouaves, mode militaire alors particulièrement assimilée à l'armée française, qui se répand dans de nombreuses armées à travers le monde. Mais rien n'y fait. Les autorités supérieures refuseront toujours d'accéder à ces demandes 141.

Cette rigidité est d'autant plus inexplicable que les Canadiens écossais de l'époque peuvent, notamment, parader en kilts et en pantalons à carreaux. Et les Américains eux-mêmes possèdent de nombreux régiments de Zouaves, dont un à Plattsburgh. La bonne volonté canadienne-française ne manque pourtant pas. Par exemple, même si on tente d'éviter le port de l'habit rouge, le 17e bataillon et plusieurs autres bataillons canadiens-français l'endossent. On voit même la garde paramilitaire de Mgr Bourget, identifiée aux ultramontains nationalistes, devenir le noyau de volontaires qui forment le 65e bataillon en 1868-1869, unité francophone qui doit cependant attendre jusqu'en 1904 avant de voir son nom enfin francisé 142 ...

Par leur entêtement à vouloir absolument lui conférer un caractère tout à fait britannique, les autorités de la milice canadienne parviennent finalement à leur but ; elles créent une force armée étroitement apparentée au patrimoine et aux traditions militaires britanniques. La fidélité intégrale au modèle original était telle qu'il devenait parfois impossible de distinguer un militaire britannique d'un militaire canadien 143. Il reste que le modèle britannique était excellent et que son adoption contribua grandement à la qualité des nombreuses unités canadiennes qui tentèrent de l'égaler en incorporant les traditions militaires de la vieille Angleterre, dans un esprit de loyauté filiale envers la mère patrie. Cette politique, qui répondait au sentiment patriotique de nombreux Canadiens des provinces anglophones, enrichit donc grandement le patrimoine militaire canadien.