La Royal Navy, maîtresse des mers

La prétendue menace russe

Durant la première moitié du XIXe siècle, les Russes s'étaient employés à consolider leurs établissements en Alaska, érigeant Sitka en chef-lieu et faisant patrouiller régulièrement la côte par des frégates de la marine impériale russe. Quelques officiers russes avaient accompli des explorations remarquables, notamment le lieutenant de marine Lukin qui, en 1832-1833, s'était rendu jusqu'aux environs de la ville canadienne actuelle de Dawson en descendant la rivière Yukon.

La guerre contre la Russie, déclarée en 1854, suscite donc les pires craintes dans la colonie de l'île de Vancouver. Le gouverneur Douglas réclame d'urgence des troupes, des canons, des fusils, des munitions et des vivres pour combattre ses voisins russes établis au nord. Ses requêtes reçoivent un accueil glacial à Londres. Pour l'état-major, l'Angleterre n'a « aucun intérêt au maintien et au support de cette colonie lointaine » qui lui coûte cher. De plus, la conquête des établissements russes en Alaska « n'en valait probablement pas le coût ». Douglas fut donc avisé, en août, que « le gouvernement de Sa Majesté jugeait ses demandes non nécessaires et peu sages 120 », mais que, toutefois, des navires de guerre surveilleraient la côte.

Douglas est pourtant convaincu du bien-fondé de ses craintes. En effet, les Russes avaient envoyé un bataillon d'infanterie sibérienne à Sitka mais - et Douglas ne pouvait pas le savoir -, dans le seul but de protéger leur colonie et non pour attaquer leurs voisins britanniques. En fait, ni les Britanniques ni les Russes ne désirent se battre sur la côte nord-ouest du Pacifique. Les deux pays conviennent donc de ne pas s'affronter dans cette région du globe durant cette guerre, qui prend fin en 1856. Onze ans plus tard, les Russes vendent l'Alaska aux États-Unis, qui deviennent par le fait même le seul et unique voisin immédiat du Canada.