La côte du Pacifique convoitée

L'incident de Nootka

Le rôle de la France

L'attitude de la France dans la crise de Nootka est donc alors décisive. La Révolution française a éclaté en juillet 1789, mais, à l'été de 1790, les plus graves conséquences de cet événement restent encore à venir. Les forces armées sont encore relativement intactes et le roi Louis XVI occupe toujours le trône, même si le véritable pouvoir repose de plus en plus dans les mains de l'Assemblée nationale. En guise de précaution, la France mobilise d'abord sa marine de guerre avant d'aborder la question principale : doit-elle respecter son alliance et appuyer l'Espagne dans sa revendication de Nootka, ce lointain morceau de son empire colonial ? À la fin du mois d'août, estimant que l'opinion publique n'acceptera jamais de prendre à son compte un tel conflit, l'Assemblée nationale déclare que la France n'ira pas en guerre contre la liberté et les droits de l'homme. En clair, cela signifie que la France se retire de l'alliance.

Sans l'appui de la France, la position espagnole devient intenable. Fort heureusement pour elle, la colère des Britanniques s'apaise au fil des semaines, de sorte qu'il devient possible de négocier. Le 28 octobre 1790, à Madrid, l'Espagne et la Grande-Bretagne signent la convention de la baie de Nootka. La menace de guerre est écartée ! Selon les termes de ce traité, les deux puissances coloniales reconnaissent détenir toutes deux des droits sur la côte nord-ouest, au nord de la Californie, et chacune aura accès aux établissements de l'autre. Des commissaires seront nommés par chaque nation pour régler les détails de l'entente.

Cette convention a souvent été interprétée comme un engagement, de la part des Espagnols, de se retirer de la côte nord-ouest. Or, rien ne les oblige à quitter Nootka. Bien au contraire, ils améliorent les fortifications terrestres et aménagent une batterie flottante dans le port. Ce que la convention de la baie de Nootka modifia fut plutôt la notion selon laquelle la côte du Pacifique était espagnole depuis le Chili jusqu'à l'Alaska. Désormais, la Grande-Bretagne détient des droits sur cette côte au nord de la Californie, droits qui restent encore à définir par les commissaires des deux nations.