La côte du Pacifique convoitée

L'incident de Nootka

Troubles autour de la première colonie de peuplement européenne

Soldat, Primera Compañia franca de Voluntarios de Cataluña à Nootka, 1790-1794

Légende: Soldat, Primera Compañia franca de Voluntarios de Cataluña à Nootka, 1790-1794

Jusqu'alors, les Amérindiens s'étaient tenus à l'écart de ces disputes entre Blancs. Cependant, les saisies espagnoles les empêchent de commercer avec les Britanniques, ce qui leur déplaît souverainement ! Mécontent et irrité, un de leurs chefs, Callicum, va à la rencontre du commandant Martinez, et ce qu'il crie, depuis sa pirogue, est pris pour des insultes. Cédant à son tempérament impulsif, Martinez tire un coup de feu en l'air pour l'intimider. Mais voilà qu'un marin de l'équipage, croyant que son commandant a manqué la cible, épaule à son tour, vise, et tue Callicum ! Funeste erreur que les propagandistes britanniques ne manqueront pas d'utiliser ultérieurement... Martinez demeure à Nootka avec ses hommes jusqu'à l'automne, puis reçoit l'ordre de rentrer à San Blas afin de s'expliquer devant les autorités pour avoir saisi des navires anglais en temps de paix.

Malgré ces incidents, les Espagnols décident de rendre permanent leur poste militaire de la baie de Nootka. Le 3 avril 1790, trois de leurs navires, sous le commandement du lieutenant Francisco de Eliza y Reventa, jettent l'ancre, et les travaux de construction reprennent aussitôt. Bientôt, une batterie de canons défend l'entrée du port, tandis que des casernes pour les soldats et une villa pour les officiers sont érigées. Près de 80 militaires, portant l'uniforme bleu relevé de jaune de la première compagnie des Voluntarios de Cataluna, sous le commandement du lieutenant-colonel Pedro de Alberni, s'y installent. Ces volontaires ne sont cependant catalans que de nom. Il s'agit en réalité d'un corps de l'armée coloniale de la Nouvelle-Espagne, dont la plupart des hommes ont été recrutés au Mexique.

Ce « présidio », comme les Espagnols appellent leurs forts frontaliers, est le poste le plus septentrional de tout leur empire. Cette base militaire et navale constitue aussi le premier établissement européen sur la côte ouest canadienne.