Les soldats du XVIe siècle

Les soldats de Cartier et de Roberval

Le premier uniforme porté au Canada

Arbalétrier français, vers 1541-1542

Légende: Arbalétrier français, vers 1541-1542

Visionner le multimédia - Voyages de Jacques Cartier

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Du côté vestimentaire, ce même espion espagnol note que, pour l'expédition de 1541, Cartier « donne à tous un habillement de livrée blanc et noir » 21. Qu'elle soit aux couleurs d'un roi, d'une province, d'une famille noble, d'une confrérie ou de qui que ce soit, la livrée est d'origine héraldique. C'est un genre d'uniforme avant la lettre, identifiant les domestiques et tous les « gens » appartenant à une « maison ». Il n'est pas rare, à cette époque, que les soldats et les marins, rattachés à un capitaine par des liens encore empreints de féodalisme, la portent aussi. Dès 1462, Louis XI autorise les marins de la Gironde, à Bordeaux, à revêtir l'habillement « de blanc et de rouge à nostre devise » 22. En 1533, François 1er ordonne aux fantassins de son armée de porter une manche aux couleurs de la livrée de leur capitaine. Le blanc et le noir étant, depuis le Moyen Âge, les couleurs de la Bretagne, il est donc tout à fait normal que les marins d'un capitaine malouin les affichent et qu'elles soient étendues aux hommes d'armes qui l'accompagnent. Cette livrée des soldats et marins de Cartier serait, selon toute évidence, le premier « uniforme » à avoir fait son apparition au Canada.

Armes, livrées, contingentement, voilà autant d'informations qui signalent l'importance de la préparation de cette expédition et l'attention prioritaire qu'on y a accordée aux affaires militaires. De quelle manière devait être réparti tout l'arsenal décrit ? Vraisemblablement, les arquebuses et les arbalètes, armes plus spécialisées et plus coûteuses, étaient destinées en priorité aux soldats. Dans le contexte d'un voyage comme celui-ci, piques et hallebardes pouvaient surtout être utiles aux marins et aux futurs colons, bref, à tous les hommes en état de défendre le navire en cas d'attaque par des galions battant pavillon ennemi ou même par des pirates. Elles convenaient aussi, à terre, pour la défense d'un fort, mais étaient de peu d'utilité contre les Amérindiens. Quant aux rondaches, elles étaient sans doute destinées surtout aux soldats « rondachiers », ceux-là qui, armés d'une épée, formaient le gros de l'infanterie de l'époque. Comme les soldats possédaient ordinairement leurs propres armes et équipement défensif en plus de ce que l'expédition emportait, c'est donc avec des hommes armés jusqu'aux dents que Cartier entreprit ce troisième voyage.

Images additionnelles

Officier en armure, XVIe siècle
Les navires de Jacques Cartier à l'île Brion, Îles-de-la-Madeleine, juin 1534