La vie quotidienne en Nouvelle-France

Les soldats

Le travail ajoute au revenu

On a beau être logé, nourri et avoir un certain « plan de pension », il reste que 15 livres par année ne procurent pas grand-chose. Les canonniers-bombardiers reçoivent un supplément de 24 livres, mais ce n'est certainement pas suffisant. Nos soldats vont donc, autant que possible, se trouver un revenu d'appoint. Les moins instruits se font ouvriers et travaillent aux fortifications ou chez des particuliers; ceux qui connaissent quelque métier le pratiquent, tel ce soldat-tailleur que l'on rencontre à Détroit, au milieu du XVIIIe siècle, tandis que les plus instruits trouvent à se placer chez les marchands pour tenir les livres, comme le fait le canonnier-bombardier Joseph-Charles Bonin. Selon le voyageur scandinave Pehr Kalm, un soldat peut toucher de la sorte jusqu'à une livre et demie par jour au Canada, ce qui augmente considérablement ses revenus. Il lui faut cependant obtenir la permission de son capitaine avant de pouvoir remplir ces tâches. Celui-ci veut bien la lui accorder, dans la mesure du possible, mais il garde pour lui sa solde en dédommagement. Le soldat libéré ne s'en plaint pas, car il gagnera cinq ou six fois plus.

Dans les postes de l'Ouest, on laisse aux soldats la possibilité de faire un peu de traite, de sorte qu'ils peuvent revenir à Montréal avec des fourrures valant une centaine de livres. Ceux qui sont économes se procurent ainsi de petits luxes, mais d'autres excèdent leur crédit au magasin de traite, durant leur séjour dans l'Ouest, et retournent chez eux truffés de dettes.

Les soldats de Plaisance et ceux de l'Acadie s'adonnent aussi à d'autres travaux, plusieurs se faisant pêcheurs à l'occasion. Mais après 1713, quand la colonie de l'île Royale est établie, les conditions de vie se dégradent. Comme il n'y a pas de main-d'œuvre pour construire les fortifications, on y emploie les soldats qui ajoutent ainsi un supplément à leur maigre solde. Cependant, la cherté de l'approvisionnement à Louisbourg, où les capitaines des compagnies contrôlent les cantines et se font aussi prêteurs, les force presque obligatoirement à s'endetter pour survivre. Au cours des années 1730, les officiers obtiennent même que la solde des hommes leur soit d'abord versée afin qu'ils puissent y prélever leurs déductions. Le soldat de l'île Royale se trouve ainsi pris dans un étau économique, car dans un endroit aussi isolé il n'a pas vraiment d'alternative.